Simplicité, humilité, voici ce qui caractérise Caroline Chaverot, l’une des stars de la planète trail running. Vendredi 31 août, l’athlète du team Salomon sera au départ de l’UTMB 2018, alias l’Ultra-Trail du Mont-Blanc.
Une course chère au cœur de Caroline Chaverot, qui l’a remportée en 2016, année de son titre de championne du monde. Un palmarès impressionnant pour celle qui n’a débuté le trail qu’en 2012, et vers qui tous les regards seront tournés à Chamonix, lors de l’UTMB.

La team Sportihome a eu le plaisir d’interviewer Caroline Chaverot, qui se livre sans retenue sur sa passion ! (Retrouvez nos 10 bonnes raisons de vous mettre au trail)

 

Fiche technique de Caroline Chaverot

Date et lieu de naissance : 16 octobre 1976, à Genève
Débuts en trail : 2012
Site favori : Le Parmelan (montagne située en Haute-Savoie), la Montagne de SousDine.
Une épreuve que vous rêvez de disputer :  J’ai vraiment envie de m’aligner à nouveau sur le Grand Raid de la Réunion !
Votre routine avant d’aller courir : J’aime plutôt courir le matin mais je n’ai pas de routine particulière.

Caroline Chaverot Trail

Crédit : Philipp Reiter

Interview de Caroline Chaverot

Sportihome Mag : Caroline, qu’est ce qui vous a donné envie de vous mettre au trail, à 35 ans ?
J’ai toujours été assez sportive (elle a été membre de l’équipe suisse de slalom en canoë, de 1992 à 1998, ndlr), j’ai ensuite eu trois enfants en trois ans et n’ai pas vraiment pu faire de sport durant cette période. Je commençais à ressentir une certaine frustration par rapport à ça… Pour mon 3e enfant, j’ai dû rester immobilisée assez longtemps car j’avais un « placenta praevia », j’ai alors réfléchi à une activité que je pourrais pratiquer facilement. Par le passé, j’avais bien aimé le yoga, l’escalade…, mais ces activités demandent du temps ou amènent des contraintes.

La course à pied m’est alors apparue comme une activité très accessible. Derrière chez moi, il y a une belle forêt où j’avais déjà pris plaisir à courir quelquefois. Par le passé, j’avais également fait du VTT avec mon mari, mais la course à pied offre une liberté et une facilité que l’on a moins en vélo, ou dans d’autres sports.

Pour me motiver, j’ai décidé de m’inscrire à un trail en mai 2012, j’ai bien aimé… C’était parti !

Sportihome Mag : Quels souvenirs gardez-vous de cette première course ?
C’était un peu dur, elle se déroulait six mois après mon accouchement, j’avais encore très peu d’expérience de la course. Je me suis inscrite sur la longue distance, en me disant que cela me permettrait de partir à un rythme plus souple. Mais il y avait quand même 38 kilomètres dont 2 000m de dénivelé, et je pense que je n’avais pas tout à fait le corps prêt pour ça ! En même temps, j’ai trouvé que l’expérience était très forte. Cela n’a duré que quatre heures, mais il y avait une intensité et des sensations phénoménales…

J’ai donc décidé, en 2012, de tester tous les formats de course et je me suis aperçue que c’était les formats un peu plus longs que je trouvais intéressants.

Sportihome Mag : Vous vous êtes en effet rapidement dirigée vers l’Ultra-Trail. Quelles sont à vos yeux les qualités à avoir pour performer dans cette discipline ?
Une bonne endurance, et une bonne endurance musculaire. Dans les grands Ultra, comme l’UTMB, c’est vraiment la résistance des muscles en descente qui va faire la différence sur la fin.

Il faut également des qualités psychologiques, arriver à avoir confiance en soi, tenir l’effort…
C’est difficile de mener à bien un Ultra de 24/25h, il y a toujours des moments où l’on ne va pas être bien, où on a trop chaud ou trop froid.

Une bonne gestion mentale de ces efforts longs est également primordiale. Un Ultra se gagne à 50% dans la tête, et ce n’est pas toujours évident d’arriver à tenir le choc moralement.

Sportihome Mag : Vous avez remporté l’UTMB en 2016, année où vous êtes également devenue championne du monde. Que représente à vos yeux l’Ultra-Trail du Mont-Blanc, et qu’est ce qui le rend si spécial ?
Aujourd’hui, c’est un peu LA course. Comme me disait un ami, si tu n’en as qu’une à gagner, c’est celle-là. C’est une épreuve qui a une médiatisation sans pareil, les meilleurs coureurs du monde sont présents et apportent une densité qu’il n’y a pas sur les autres Ultra…. Le parcours a également du sens, du caractère, il fait le tour du Mont-Blanc et passe par trois pays. Il y a en outre un engouement de plus en plus fort du public, avec une ambiance qu’il n’y a peut-être pas sur d’autres Ultra. C’est un événement qui a pris une dimension sans pareil par rapport aux autres courses dans le monde. Lorsque j’ai gagné en 2016, à un kilomètre de l’arrivée il y avait déjà une foule dense qui m’encourageait, on ne reçoit jamais cet accueil sur d’autres courses… Tous les trailers rêvent de cette arrivée en fanfare à Chamonix, c’est ça qui en fait une course hors-norme.

Caroline Chaverot Trail

Crédit : Philipp Reiter

Sportihome Mag : Quels sont les impératifs à respecter, en terme de préparation et d’expérience notamment, pour s’aligner sur une épreuve telle que l’UTMB ?
En principe, et c’est un peu ça qui va me manquer cette année, il faut faire du gros gros volume, avec beaucoup de dénivelé en descente. Il faut, à mon sens, avoir également fait pas mal d’Ultras longs, pour habituer son corps à de tels efforts. Il y a également toute une préparation matérielle et logistique importante : vêtements, nourriture, ravitaillements, assistance… C’est toute cette préparation-là, comme pour tous les Ultras, qui rend l’épreuve intéressante, et elle n’est clairement pas à prendre à la légère.

Sportihome Mag : Pas trop compliqué de mener de front votre carrière d’enseignante, votre vie de famille et votre passion du trail ? Comment vous organisez-vous ?
C’est vrai que c’est un peu compliqué, aujourd’hui (lundi 27 août), c’est aussi ma rentrée scolaire ! Toujours un moment un peu stressant pour un prof, et cela tombe la même semaine que l’UTMB…
Je dirais que c’est surtout du point de vue de la récupération que cela joue. Les athlètes professionnels se lèvent, font un gros entraînement et ils n’ont ensuite qu’à faire la sieste l’après-midi, se reposer, faire du yoga…

Moi, ça n’a rien à voir. Je me lève,  commence souvent à travailler quatre heures, puis je vais m’entraîner. Ensuite, je dois m’occuper de mes trois enfants, les aider dans leurs devoirs… Je n’arrête jamais ! Et ce n’est pas toujours évident à gérer…

Sportihome Mag : Vous faites partie du team Salomon au même titre que François d’Haene et Kilian Jornet. Que pensez-vous de leurs performances ?  Echangez-vous régulièrement avec eux, au cours de la saison ?
Ce sont deux grandes stars du trail, mais ils demeurent très accessibles. Kilian est plus réservé, mais tous deux parlent volontiers, ils aiment plaisanter, nous arrivons à échanger. François a également une vie de famille, cela nous rapproche, même s’il a sans doute beaucoup plus de temps libre que moi. Il y a cette préoccupation commune de concilier la famille et le trail. Salomon est un gros team, très professionnel mais les gens sont sympas, accessibles, c’est presque une grande famille.

Sportihome Mag : Vous avez annoncé sur Facebook que vous participeriez à l’UTMB 2018, après quelques hésitations. Quels objectifs vous êtes-vous fixée?
Je suis un peu partagée, pendant longtemps j’ai cru que je ne pourrais pas participer, que je devrais renoncer. Cet été fut extrêmement difficile pour moi au niveau de la santé. A partir du moment où j’ai pris conscience que toutes mes fatigues étaient liées à la maladie de Lyme, j’ai voulu me soigner très vite. J’ai un peu commis l’erreur de commencer le traitement avant le 80km du Mont-Blanc, ce qui fait que j’étais complètement à plat lors de la course. Cela a été de pire en pire durant tout l’été, à tel point que début août, je ne pouvais même plus courir. Je n’étais tellement pas en forme que courir était devenu une souffrance, c’était devenu trop difficile physiquement.

Dés que j’ai arrêté les traitements, mon état s’est amélioré instantanément, les progrès ont été fulgurants. J’ai demandé l’avis de plusieurs personnes de mon entourage, notamment mon ostéopathe, et tous m’ont confirmé que j’avais un bon niveau d’énergie.
Aujourd’hui, je me sens vraiment en forme. Mes performances n’ont pas du tout baissé, je suis largement capable de réaliser les mêmes chronos qu’avant.

Je suis donc partagée entre le fait de me dire que je n’ai aucune chance, que je dois y aller juste pour le plaisir, pour finir et l’espoir, au fond de moi, que cela marche bien, que je décroche un bon classement.
L’année passée ou même en 2016, j’allais à l’UTMB pour gagner à tout prix, mais pour cette édition les choses sont différentes. L’important sera de bien gérer la course et de faire de mon mieux. Si j’arrive au bout, quoiqu’il arrive je serai contente. Evidemment, si cela se passe bien ce sera la cerise sur le gâteau ! Mais je ne me considère pas forcément comme favorite, ou prétendante à un podium.

Caroline Chaverot Trail

Crédit : Philipp Reiter

Sportihome Mag : Cela vous enlève t-il alors un peu de pression ?
A mon avis, même dans le fond du peloton, les gens ont quand même la pression. Le parcours est exigeant, on ne part pas pour un 100 miles comme pour une course de 50 km… La pression sera là, mais elle est effectivement peut-être moins forte que les autres années.
Il y a un mois, je ne pensais plus jamais pouvoir courir, c’est donc du bonus de pouvoir m’aligner sur la ligne de départ. La difficulté sera de gérer le début d’épreuve, lorsque tout le monde part très vite. Au bout d’une demi-heure de course, j’essaierai de me mettre dans un rythme agréable, on verra bien jusqu’où ça me mènera… Je vais vraiment tout faire pour terminer.

Sportihome Mag : Vos conseils pour les personnes qui aimeraient se mettre au trail ?
Il y a des principes qui sont à mon sens valables dans tous les sports. Premièrement, on dit toujours que s’entraîner, c’est surprendre son corps. A savoir que plus on varie les entraînements, plus on progresse, à nos débuts. Faire une fois de la piste, une fois de la montée raide, puis de la montée moins raide, un travail de descente, des sorties longues, courtes… On peut également varier les terrains. Cela évite la lassitude et c’est comme cela, je pense, que l’on progresse le plus

Par ailleurs, les gens travaillent souvent le physique, mais le travail de descente est également important. Ça ne sert à rien de gagner 5mn en montée si on les reperd en descente, faute de savoir poser ses pieds ou d’avoir une bonne technique.

Il faut également garder la notion de plaisir et, pour les personnes ayant comme moi une vie de famille, planifier en amont ses sorties. Les entraînements doivent trouver leur place dans l’agenda, sans que cela empiète sur le reste. Une fois que l’on a bien planifié, on est plus régulier, plus serein et on progressera plus rapidement.

Sportihome Mag : Quels sont les sites que vous conseilleriez pour la pratique, en France et dans le monde ?
En Haute-Savoie, on a quand même de quoi faire ! Chamonix est bien connu, mais il y a aussi énormément d’autres sites adaptés, tels que les Aravis. A l’été 2017, j’avais eu la chance d’aller dans les Pyrénées, c’est un endroit très agréable pour la pratique du trail. J’avais adoré la région de Neouvielle, c’est absolument magnifique. Cet été, je me suis rendue à Interlaken, en Suisse, et il y avait là aussi des sites exceptionnels. La Suisse regorge d’endroits merveilleux pour la pratique du trail, avec beaucoup moins de monde sur les sentiers qu’en France. La région de Chamonix est bien hors saison, mais j’y suis allée une fois cet été et j’ai trouvé que c’était un peu l’enfer !
J’apprécie également les Dolomites.

Sportihome Mag : Que pensez-vous du concept de Sportihome, qui a pour but de rapprocher les gens à travers des passions sportives ?
C’est une bonne idée ! Quand on se rend dans un nouveau coin, on a tout à découvrir et l’idée de louer pour l’été des locations à d’autres sportifs me paraît super.

Sportihome Mag : Que peut-on vous souhaiter pour la suite ?
Si les choses fonctionnent bien, je vais participer au Grand Raid de la Réunion. Mon team manager a également évoqué l’Ultra-Trail Cape Town, en fin de saison (il a lieu début décembre). C’est quelque chose qui me motiverait bien, si j’obtiens un congé au niveau du travail. Sinon, je referai peut-être la SaintéLyon. C’est de nuit, dans le froid…, mais il y a une bonne ambiance, le parcours n’est pas trop dur, c’est une belle course !

Sportihome Mag : Le mot de la fin  ?
On dit souvent que lorsqu’on ne fait pas de performance, on est vite oublié. Je ne suis pas du tout dépendante des réseaux sociaux, mais il faut bien communiquer un peu, et je vois qu’il y a énormément de gens qui me suivent, qui m’encouragent… Je voudrais remercier toutes ces personnes, leur soutien est assez fabuleux. A chaque fois que je communique, les gens sont bienveillants et ça fait du bien !

 

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Rédacteur Web pour Sportihome.com