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Sportihome a rencontré pour vous Vanina Paoletti, membre de l’Équipe de France de Canoë-Kayak et qualifiée pour les prochains Jeux Olympiques de Tokyo. Elle sera alignée sur les épreuves de courses en ligne.

Présentation de Vanina Paoletti

Bonjour Vanina, tout d’abord peux-tu te présenter brièvement pour nos lecteurs qui ne te connaissent pas ?

Je m’appelle Vanina Paoletti, j’ai 23 ans. J’ai commencé le kayak toute jeune car mes parents étaient eux-mêmes kayakistes. J’ai aussi deux grandes soeurs qui ont pratiqué le kayak, dont une qui pratique encore.
Ça a été un peu une suite logique des choses de continuer le kayak. J’ai d’abord pratiqué la descente de rivière. C’est une discipline non olympique. À la suite de ça, j’ai fait de bons résultats et j’ai été prise au pôle espoir à Caen et c’est là-bas que j’ai découvert le kayak de course en ligne, en 2014. C’est d’ailleurs dans cette discipline que je vais aller aux Jeux cet été, à Tokyo.
C’est la deuxième année que je suis sélectionnée en équipe de France. Avant ça j’étais en équipe de France jeunes, sans résultats grandioses on va dire.

Comment as-tu démarré le kayak et qu’est-ce-qui t’a donné envie de commencer ce sport ?

Du coup par la famille mais c’est aussi parce que c’est un sport de plein air et nous, on est très orienté dedans. C’est un outil fabuleux pour découvrir l’environnement dans lequel on évolue. On peut naviguer à la fois seul ou à plusieurs. Ça regroupe pleins de critères qui font que c’est un sport que j’adore.

Pourquoi as-tu choisi le kayak plus qu’un autre sport ? Peux-tu nous parler un peu plus de ton sport ?

Comme je disais c’est le fait de pouvoir naviguer seul ou à plusieurs. En plus en course en ligne on a des biplaces et des quatre places. On a donc à la fois une notion d’équipe et d’individualité qui est très forte. C’est un sport où dans la préparation physique générale (PPG) on s’entraîne beaucoup (20h/semaine). On varie sur beaucoup de sports différents (musculation, course à pied, vélo, ski de fond) pour arriver à de la haute performance. Évoluer dans des lieux magnifiques comme ceux qu’on a la chance d’avoir en France mais aussi en Europe ou même sur d’autres continents, c’est vraiment génial.

Le kayak, plus qu’une passion pour Vanina Paoletti

kayak paoletti

© La Dalle Angevine

Est-ce que tu peux nous donner les différentes disciplines qui existent dans le kayak ?

La Fédération Française de Canoë-Kayak et Sports de Pagaie regroupe plus d’une douzaine de disciplines.
Deux sont olympiques : le slalom, rendu célèbre par Tony Estanguet (triple champion olympique) et la course en ligne que je pratique. C’est une course en confrontation directe comme de l’athlétisme mais sur l’eau. Sous format de séries, demi-finale et finale. On évolue sur du 200 et 500m pour les femmes et 200,500 et 1000m pour les hommes.

Certains ne font pas tout à fait la différence entre le canoë et le kayak, en tant que spécialiste, peux-tu les aider ?

Il y a deux éléments principaux. Le kayak se pratique avec une pagaie double et le canoë avec une pagaie simple. Autre différence, en kayak on est assis alors qu’en canoë on est soit à genou ou en position « fente » avec un genou à terre.

Peux-tu nous donner ton palmarès le plus récent ?

Ce qui compte vraiment pour nous ce sont les épreuves à l’Open de France. C’est un circuit de sélection nationale. J’ai remporté le dernier Open de France en 200m et en 400m. Après j’ai terminé 9e aux championnats d’Europe en monoplace sur 200m.

Pourquoi as-tu choisis de te licencier au club d’Angers dernièrement ?

Avant j’étais licencié à Saint-Grégoire, un club à côté de Rennes. J’évoluais au sein du pôle France de Cesson-Sévigné. C’était pratique car le pôle était à côté et à Saint-Grégoire il y a vraiment une super ambiance. À la fin de mes études en juillet dernier, j’ai quitté Cesson pour aller m’entraîner au pôle France Olympique de Vaires-sur-Marne. J’étais moins à Rennes et en plus mon copain est angevin. Je me suis beaucoup entraînée là-bas et j’ai aussi beaucoup aimé m’entraîner avec l’Entente Angevine canoë-kayak. Ensuite ils m’ont proposé de m’accompagner sur les trois prochaines années jusque Paris 2024 aussi bien humainement que financièrement. Pour toutes ces raisons j’ai choisi Angers.

Comment se déroule en temps normal ton année entre les entraînements, les stages, les compétitions … ?

En kayak, on fonctionne avec 2 ou 3 semaines de développement suivi d’une semaine de récupération. Je suis à une dizaine d’heures d’entraînements par semaine. Maintenant je fais souvent mes blocs d’entraînements soit à Vaires-sur-Marne ou en stage. Souvent on est au chaud donc on a été en Espagne. On devait aller au Portugal mais avec les contraintes sanitaires ça s’est pas fait. Et mes semaines de récupération je les fait à Angers. J’y suis entre 1/3 et 1/4 du temps là-bas.
Actuellement je suis en stage avec l’équipe de France olympique au Temple-sur-Lot. C’est le deuxième que l’on fait en quatre semaines. Ça permet d’évoluer au sein du K4 (kayak 4 places), d’avoir les coachs. En plus là où on est ça sera une base d’entraînement pour Paris 2024 et elle est très bien équipée.

Une journée type avec Vanina Paoletti ça donne quoi ?

Le réveil est relativement tôt entre 7h et 7h30. On commence souvent la journée avant ou après le petit dej par du yoga et de la mobilité pour bien se réveiller. Ensuite on a une grosse séance le matin, puis le repas du midi et la sieste qui est quasiment indispensable. Comme on a deux à trois entraînements par jour il faut réussir à encaisser. Après la sieste, on a une à deux séances un peu plus cool. On a aussi trois à quatre séances de musculation par semaine.

En tant que sportive de haut-niveau as-tu un régime alimentaire spécial ?

En kayak on n’a pas de catégorie de poids comme ça peut être le cas en aviron. Après c’est de la physique de base plus on est lourd et moins on va vite. C’est à nous de faire le nécessaire pour s’affûter au maximum pour être le plus performant possible. Personnellement, je commence à faire attention au niveau des courses car j’ai une physiologie qui fait que je peux pas être sèche toute l’année sinon psychologiquement c’est trop dur. Là je suis dans la période où je m’affûte pour être au meilleur niveau pour les Jeux.

Le kayak est un sport qui se pratique en extérieur, arrives-tu à être dehors toute l’année ou il t’arrive de modifier ton entraînement en fonction des conditions climatiques ?

Le gros truc du kayak c’est que c’est un sport qu’on ne peut pas pratiquer de la même façon toute l’année. L’hiver on en profite pour faire énormément du vélo, de la course à pied et beaucoup de musculation et pour trouver des nouvelles méthodes d’entraînement. On essaye de garder le contact avec le kayak en hiver mais c’est moins agréable. Après on a toujours quand même assez chaud comme on produit des efforts intenses donc bien couvert ça pose pas de soucis. Le vent par contre est très handicapant. Nos bateaux font 5m20 de long mais ils sont très fins. Pour le coup dès qu’il y a du vent et des vagues la pratique est moins agréable et ça peut nous mettre en difficulté.
Quand on est à un certain niveau on profite de l’hiver pour partir au chaud. Malheureusement j’ai pas encore eu cette chance parce qu’avec le covid c’était compliqué. Mais les filles sont déjà parties en Nouvelle-Zélande, en Australie ou en Floride pour chercher des condition d’entraînements optimales.

Les Jeux Olympiques en ligne de mire

vanina paoletti jo

© Nicolas Rochereau

Comment tu te sens à maintenant moins d’un mois des Jeux Olympiques ?

Alors pour l’instant je pense que je ne réalise pas encore tout à fait que je vais aux JO. Je suis pas trop stressée on est dans un gros bloc d’entraînements donc je suis concentrée sur ce que je produis au quotidien. Je pense que la vague de stress arrivera une fois qu’on sera au Japon et que j’aurai conscience de ce qui arrive.

Est-ce que ta préparation pour Tokyo s’est bien déroulée et depuis combien de temps est-ce que tu te prépares pour ça ?

La préparation qu’on a tous et toutes, c’est celle pour aller le plus rapidement possible. Peu importe l’objectif, le but c’est d’être le plus performant. Il y a des méthodes d’entraînement différentes. Moi j’ai pas mal changé entre Rennes et Paris dans les approches. Je pense que j’ai aussi plus pris mon projet sportif en main depuis que je suis en région parisienne.
Comme mon niveau a vraiment pas mal augmenté l’année dernière, je suis rentrée dans cette préparation très stricte et très consciencieuse depuis un an et demi à peu près.

Ça sera des JO un peu particulier avec le protocole sanitaire qui va être mis en place, qu’en penses-tu ?

Toute façon ce que je pense, ça changera rien dans la pratique. C’est vrai que ça va être moins festif mais je pense que j’ai l’avantage d’être primo olympique, j’aurai pas le recul de ceux qui en ont déjà fait.
Forcément de pas avoir la famille ça va être un peu particulier mais on a déjà de la chance qu’ils aient lieu vu les conditions sanitaires.

Que représente pour toi les Jeux Olympiques ?

Je rêvais des JO comme de quelque chose d’inaccessible. Je les regardais tous ceux d’été, d’hiver. À chaque fois que je voyais le kayak mais même la gymnastique, l’athlétisme, le ski de fond, le biathlon, j’étais émerveillée. Ma progression c’est faites d’un coup et l’année dernière on a commencé à me dire, tu peux penser aux Jeux Olympiques. Depuis un an, ça s’est concrétisé mais avant c’était quelque chose d’utopique.

Cette année c’est Tokyo mais dans trois ans c’est Paris 2024, est-ce que c’est dans un coin de ta tête ?

Là pour le coup je m’étais plus positionnée dans mes plans de carrière sur Paris 2024. Même si Tokyo ça sera une chance immense. J’ai un niveau qui augmente et j’espère que ça sera encore plus le cas dans trois ans. Je pourrais encore plus m’exprimer à la maison. En plus les jeux de Paris 2024 se dérouleront à la base de Vaires-sur-Marne à l’endroit où je m’entraîne déjà. À la maison avec la famille, les copains ça serait fabuleux.

As-tu un objectif en particulier pour Tokyo ?

J’ai un peu du mal à me projeter sur des objectifs. Tout d’abord parce que quand je me projète et que je me fixe des objectifs, c’est souvent les courses que je réussis le moins bien. De plus en plus je réfléchis en terme de réalisation et pas de performance. Je veux faire des courses pleines où quand je passerai la ligne, j’aurai vraiment aucun regret à avoir. Ni sur ma préparation, ni sur la réalisation, ni sur la gestion psychologique. Tout simplement vivre mes jeux avec le sourire et donner le max.

Pour finir aurais-tu un conseil à donner aux gens qui veulent s’essayer au kayak et pourquoi ils devraient le faire ?

Alors on a la chance en kayak d’avoir un très vaste avec pleins de disciplines différentes. Du kayak polo, du kayak de mer, du kayak de course en ligne, de rivière, même en stand up paddle. Il y en a pour tous les goûts. On a souvent des rivières, la mer ou l’océan à côté de chez nous. Et il y a pleins de moyens différents de tester le kayak. C’est vraiment aussi un sport magnifique par sa découverte de la nature mais aussi par les moments qu’on passe sur l’eau à glisser.

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